25 mai 2008
Les photographes 2008
L’invité
d’honneur de l’édition 2008 est
le photo-reporter ERIC BOUVET
Né le 16
mai 1961 à Paris.
Après des Etudes à l’école Estienne Eric Bouvet devient en 1982, reporter
photographe à l’agence Keystone. puis, de 1983 à 1990, à l’agence Gamma. Depuis
2004 il est indépendant avec VIINetwork
Ses deux pays de prédilection sont l'Afghanistan et la Tchétchénie. Dans
chacun d’eux, il s’est rendu au moins une dizaine de fois.
Il a couvert également les conflits internationaux et les grands événements
comme les funérailles de Khomeiny, la chute du mur de Berlin, la révolte
étudiante de Tien An Men à Pékin, la libération de Mandela en Afrique du Sud,
les funérailles de Rajiv Gandhi, les Jeux Olympiques de Séoul, la chute du
Concorde à Goussainville, le tremblement de terre en Algérie ...
Il a obtenu de nombreux prix dont le Visa d'Or du Festival du Photo-journalisme
de Perpignan Groznyï, Tchétchénie (2000) et le Prix du Correspondant de Guerre
– Bayeux Groznyï, Tchétchénie (2000) et plusieurs World Press Photo : 2éme prix
natures séries - Gaz toxiques, Cameroun (1987) ; 1er prix news features - Les
funérailles de Khomeiny (1990) ; deuxième prix spot news - La guerre du Golfe
(1991) ; 3éme prix news stories - Commandos Russes, Tchétchénie (1995).

Reporter Photographe
VIINETWORK
www.ericbouvet.com
www.viiphoto.com
Liste des photographes 2008
- Jérôme Abou
- François Baglin
- Didier Bergounhoux
- Eric Bernatets
- Johan Bonnet
- Silvana Bonvissuto
- François Bour
- Eric Bouvet
- Maurice Cuquel
- Emmanuel Dalais
- Laurent Dalençon
- Pierre Delaunay
- Jean-François Demay
- Jean-Felix Fayolle
- Camille Fresser
- Carole et Jacques Gérard
- Isabelle Goussé
- Jean-Daniel Guillou
- Michele Jamet
- Dominique Lagnous
- Olivier Laporte et Soizic Drogueux
- Jean-Louis Lauté
- Franck Lecrenay
- Morgan Léraut
- Gérard Manuel
- Luc Médrinal
- Philippe Ménanteau
- Max Nonnon
- Anthony Ocard
- Loïc Petiteau
- Jean-Marc Rama
- Grand prix d'auteur 2007 du festival de Saint Benoît (Michel Beguin, Johann Baranger et Marc Der Mickaelian)
- Francis Sellier
- Paul-Marin Talbot
- Gérard Teillay
- Théo
- Pierre Torset
- Cyrille Vidal
01 mars 2008
Eric Bouvet - "Les commandos Russes d'infiltration et de renseignements en Tchétchénie"
Je suis parti de Grozny depuis
une semaine, avec une soixantaine d¹hommes sur 8 blindés. Je n’ai que sept
pellicules diapo dans mon sac.
Sur les contreforts des
montagnes du Caucase, nous attendons depuis deux jours. La pluie inonde la ruine censée nous
protéger. Le peu de murs tremblent sous les coups de butoir de l’artillerie qui
s’est positionnée près de là. Pour le repas journalier, la gamelle noire passe
de mains en mains. Au menu : la vache égorgée deux heures plus tôt.
Départ, et consigne pour l’assaut
de la colline de nuit. Les chars progressent, mais s’enlisent dans
la montée. La
progression se
fait à pied, sous les tirs d’obus Russes qui nous passent par-dessus
la tête. Des
tirs
Tchétchènes nous accueillent. Les deux soldats qui m’entourent répondent où ils
peuvent, ça tire un peu dans tous les sens. Je baisse la tête, j¹ai l’air malin
avec ce foutu appareil photo sur le ventre en pleine nuit, encore une situation
incontrôlable, tout m’échappe. Les
balles sifflent et déchirent le feuillage au-dessus de nous. Bienvenu dans l’épicentre
de la folie, à quatre pattes j’essaye de me cacher, un de mes protecteurs me
pose carrément sa botte sur mon dos pour que je reste couché. Il m’indique un
trou dans lequel je me jette. Je n’entends plus rien tant les armes dégueulent
leurs rafales. Mon protecteur ne cesse de vouloir sortir la tête, mais doit
replonger illico car la fusillade est d’une intensité incroyable.
Soudain, il se dresse, et tire
avec son RPG, je le croyais blessé car il se tortillait comme un diable, en
fait c’est la déraison qui le prend au corps.
Il sort une nouvelle fois pour
décharger son arme avec frénésie. Impossible de me blinder par le travail, la
trouille est plus qu’installée, je suis passé dans une autre dimension, au-delà
de la conscience, au-delà de
la raison. J
’ai l’impression de ressentir le choc des balles, la
lumière aveuglante des explosions et le bruit intolérable des déflagrations.
Pour être totalement dans la réalité, le Major se penche sur moi. Me crie «
Bolchoï problem » ce qui peut se traduire par « grand problème » et me tend un
revolver. Il veut absolument que je le prenne. Je refuse de
la tête. Il
insiste, mais je
ne peux accepter cette arme. La prendre c’est reconnaître que je suis partie
prenante dans cette tuerie. Je hais
la guerre. Je
n’ai jamais toléré l’idée même de la
guerre et j’ai toujours refusé de porter une arme. Jamais je n’ai été aussi
convaincu de mes décisions qu’à cet instant même. Le major disparaît et je reste effondré dans mon coin, tout cela veut dire que
nous sommes foutus, je n’ose pas le croire. Ces Russes sont surarmés, il est
impossible de perdre, et toi ma super chance, où es-tu?
Soudain, un soldat me saisi par
le dos et m’arrache de mon trou. Il me tient en l’air d’une seule main comme
une poupée de chiffon et de l’autre il lâche des rafales de la mitrailleuse
12,7 d’une vingtaine de kilos qu’il brandit comme un jouet. Avant qu’il ne me
balance dans un autre trou, j’aperçois son visage dans l’éclat d’une explosion.
Il est couvert de boue et de sang, il hurle des mots incohérents. Dans ses yeux
exorbités, luisant de haine se reflète une jouissance abominable. Le souffle de l’explosion nous projette.
Le trou dont je viens d’être
expulsé est arrosé par une pluie d’éclats. Ce chien de guerre vient de me sauver. J’éclate de rire, mes
nerfs me quittent, les hommes qui m’entourent sont transformés en bêtes
sauvages luttant pour leur survie, quant à moi je ne suis plus rien, juste une
loque, une merde, un tas de conneries. À ce moment-là, je n’ai qu¹une idée, m’enfoncer dans cette boue,
je creuse avec mes mains. J’ai l’impression que tout le monde me voie. Je
voudrais me cacher, m’enfouir, disparaître. Comme je n’y arrive pas, j’abdique
et m’allonge sur le dos pour regarder ce ciel merveilleux plein d’étoiles
filantes. Je suis parti pour marcher sur la voie lactée quand un big-bang
éclate près de moi. Je retrouve mes esprits en recevant quelque chose de chaud
sur le visage. Il me faut me protéger, je prends donc mon petit sac photo en toile,
le vide du matériel, et l’ajuste sur ma tête. Je suis enfin à l’abri, « allez y
entre-tuez vous » pensais-je, « tuez, tuez, tuez vous tous que le sang gicle
que les corps se vident et pourrissent que plus rien n’existe, faites table
rase sur cette démence ».
Il ne peut plus rien m’arriver
au milieu de cette fureur car je ne suis plus là, parti chez moi je cherche désespérément le
visage de ma femme qui ne m’apparaît plus. Brune, c’est le seul trait dont je
me souviens. Je suis dans un espace sans temps, un espace où la vie et la mort
ne font plus qu’un, j’abandonne, plus rien n’a d’importance, j’oublie de vivre.
Au petit matin je me réveille
et découvre des corps étendus un peu partout.
Deux morts ont été allongés
l’un à côté de l’autre et beaucoup de blessés geignent. J’essaye de les
photographier, mais c’est difficile car il n’y a pas assez de lumière, de plus
ils refusent de se laisser prendre. Ils tournent la tête où me repoussent d’un
geste du bras. Je n’insiste pas. Il y a cette scène que je ne peux
photographier, un soldat pleure devant la dépouille de son ami, le mort n’a
plus de visage, il a du se prendre un morceau de roquette, méconnaissable. Les
familles recevront un cercueil en zinc scellé. Puis son compagnon le couvre d’une
couverture et me voit, hébété, je ne suis pas à ma place, ce n’est pas ma
guerre, je ne peux rien dire rien faire. Il se lève, reprend un sourire
carnassier, ses yeux pleins d’eau et de pitié se transforment en éclairs plein
de haine. Il m’entraîne et me montre le cadavre d’un Tchétchène encore plus
amoché, même défiguration mais en plus une ouverture béante à la place du
ventre. Le soldat russe heureux de cette vengeance, décroche quelques coups de
pieds rageurs au corps sans vie, et pour finir crache dessus. Nous sommes tous
devenu fou, chacun à sa façon.
Je mesure la distance qui sépare le cadavre, de mon trou dans lequel
j’ai passé la nuit, il n’y a que quatre mètres, c’en est trop je ne veux plus
rien comprendre ni analyser, c’en est fini, il me faut revivre et laisser tout
cet enfer en dehors de ma vie. Il faut que je me purifie. Je trouve une flaque d’eau et me frotte le visage
pour enlever les plaques de boue et de sang qui me maculent. Parce que j’ai la
gorge en feu, parce que j’ai trop soif, je bois cette eau saumâtre... Geste
imbécile que je regretterai pendant plusieurs années.
Le major donne de nouvelles
instructions. Les vingt-six blessés dont
dix graves sont dirigés vers l’arrière en compagnie des cinq morts roulés dans
des couvertures. Je fais le décompte, sur la soixantaine, un homme sur deux a
été touché, ma super bonne grosse étoile ne m’a donc pas abandonné... La
chance, il ne faut pas en abuser, et si j’avais du courage, je partirai avec
les blessés. Mais la chance c’est aussi de pouvoir faire ce reportage unique.
Deux heures plus tard, une contre-attaque Tchétchène réveille les soldats épuisés
par une nuit de combat.
C’est reparti, ça défouraille à
tous va, mais cette fois il fait jour et je peux enfin travailler. Mais au bout
de 10 minutes, les assaillants s’enfuient. A moins de deux Kms plus bas dans la
vallée nous les voyons embarquer dans un camion. Le capitaine russe rit de leur
erreur et monte dans la tourelle du blindé, pour se servir du lance-missile
téléguidé. L’obus part, durant quelques secondes nous pouvons suivre sa progression,
guidé par le tireur c’est comme un jeu d’enfant, Le camion explose, deux hommes
sautent, l’un ne se relève pas, l’autre se cache dans un bosquet. Deuxième
missile, la cache vole en poussière ainsi que les hommes qui s’y croyaient
protégés. Les Russes applaudissent les qualités de tireur du capitaine, moi je
viens de voir la mort en direct. Tout à l’air calme, nous pouvons progresser
vers le village. Dans les bois des tireurs embusqués continuent de nous
harceler. Trop dangereux, il nous faudra faire un détour qui durera toute
la nuit. Sur
le chemin, les
chenilles du blindé écraseront un cheval. Deux bruits ignobles, celui de la
carcasse broyée et l’autre du ventre qui éclate pour libérer les viscères gonflés.
Au lever du jour nous arrivons
aux abords du village. Le convoi s’arrête à distance respectable et sont
envoyés les cosaques comme éclaireur nettoyeur.
Presque tout le monde s’endort
dans l’herbe, réchauffés enfin par le soleil revenu. Quelques coups de feu réveillent
le major qui grogne d’envoyer quelques hommes en appuie aux cosaques. Je
somnole, impossible de décompresser. Trop de questions me viennent à l¹esprit.
A quoi bon faire ce foutu métier ? Pourquoi prendre tant de risque ? Pour
dénoncer les horreurs de ce monde ? Pour cette belle utopie qu’est le
témoignage journalistique ?
Ou tout simplement pour l'ego ?
La vérité est peut-être un mix de tous ces faits, et c’est si dur de se l’avouer.
Ma conscience me crache toute crue la vérité.
Je m’en veux de m’ouvrir les
yeux Que suis-je venu chercher ici ?
Deux heures plus tard, les
cosaques reviennent avec différends trophées, une télévision, des coussins de
canapés, des boîtes de conserves, deux oies, un caméscope, une marmite en
fonte, un sac de riz, des poules, un sac de noix, bref la caverne d’Ali Baba.
La cerise sur le gâteau c’est un prisonnier.
Presque à chaque pas le
tchétchène tombe, relevé à coups de pieds, il a le visage tuméfié, quelques
coups de crosses le pousse dans son ascension vers l’enfer. Les habits
déchirés, blessé au bras, il était caché dans une maison. Comment se fait-il
que ses compagnons l’aient abandonné ? Son regard ne quitte pas le ciel, il
doit savoir qu’il est déjà mort, moi je
ne le sais pas encore. Les trophées sont enfoncés dans les blindés, la
télévision trop grosse ne rentre pas, le sac de riz s’écorche et se répand par
terre, les oies ne se laissent pas faire et pincent, une fois les portes
arrière refermées ce sont les poules qui se sauvent par le sas du conducteur,
c’est n’importe quoi.
L’interrogatoire du tchétchène
commence. L’homme s’agenouille, il est jeune, le même âge que ceux qui le
questionnent. Il fait partie du groupe qui a mené la contre-attaque la veille
sur la colline, et a reçu une balle dans le bras. Les Russes sourient de
satisfaction. Le tabassage commence et chacun y va de bon coeur, seulement des
coups de pieds car on ils ne veulent pas se salir les mains. Battu sur tout le
corps, la tête, le ventre, le dos, les parties, l’homme geint tout en regardant
le ciel. Devant ma surprise mêlée de dégoût, l’un d’eux m’explique que c’est ce
tchétchène qui a tué ses camarades russes là-haut, que c’est normal qu’il
meure... Le major se rend compte de ma stupéfaction et fait emmener le
prisonnier à quelques mètres de là au bord du précipice, l’un des soldats suit
tout en vissant son silencieux au bout de son pistolet.
Le prisonnier hurle quelques
mots, une petite détonation sourde et sèche met fin à une vie. Le Russe revient
en se frottant les mains de haut en bas comme après un travail bien fait. Je
suis avec des assassins. Pourtant je le sais qu’il n’existe pas de guerre
propre, ce n’est q’une belle utopie des politiciens, qui sont à milles lieux d’imaginer
ce que veut dire ce mot horrible : Guerre.
Un soldat hurle, en montrant du
doigt au loin un homme marchant dans un champ avec ses moutons. Un blindé part
à sa poursuite et le ramène cinq minutes plus tard. Quarante ans, le chapeau
tchétchène sur la tête.
Questions, cigarettes,
réponses, le petit jeu dure vingt minutes, puis un long silence s’installe.
L’homme reste calme, il n’a pas l’air inquiet le berger, moi je le suis pour
lui, ce n’est pas un combattant mais certainement un sympathisant comme quatre-vingt
dix pour cent de la population, pourrait-on lui reprocher, c’est sa terre, sa
famille est de ce village, quoi de plus normal ? Mais j’avais oublié que je n’étais
plus dans la normalité depuis quelques jours, et l’homme est emmené vers le
bosquet près du précipice, il a juste le temps de comprendre, l’arme fût plus
rapide que sa voix, par deux fois le son étouffé du silencieux claquât,
rideaux.
Elle aurait pu être belle cette
journée, le ciel est pourtant bleu.
Nous prenons possession de l’école
qui va nous servir pendant quelques jours de camp retranché.
Les attaques nocturnes sont
fréquentes. Le pire ce sont les beuveries. Et quand il n’y a plus de vodka c’est
du spirit à 90°.
Un colonel débarque à l’improviste,
furieux il réveille les soldats, je ne comprends pas ce qu’il dit tellement il
gueule fort, je me cache dans une armoire pour éviter le pire. Dans l’embrasure
de la porte je scrute les réprimandes sur la tenue du campement, il fait
aligner tout le monde au garde à vous. C’est vrai qu’au niveau vestimentaire il
y a comme un laisser aller, un certain mélange de cour des miracles et de
soirée drag queen. L’un est en pyjama rose, l’autre en chemise hawaïenne, un
autre a des chaussons de femmes brodés de petites perles scintillantes, celui-ci
un tissu tchétchène décoré de fleurs porté façon toge romaine, celui là une
robe de chambre pourpre, un sous off en slip...Du fond de ma cachette, je
pouffe de rire, je regrette de ne pouvoir immortaliser le tableau.
Une nuit, un coup de feu est
tiré du couloir, je décide de ne pas bouger pensant à une querelle ayant mal
tournée. Au petit matin dans l’entrée, deux soldats penchés sur une forme s’invectivent,
il fait encore sombre. En fait c’est un homme qui baigne dans son sang au
milieu des grains de maïs d’un sac
éventré. Ses membres sont désarticulés par les traumatismes, un râle inhumain
me glace le sang. J’y suis, le coup de feu de cette nuit, c’était la balle
logée dans sa cuisse. Le prisonnier est jeune, son visage est méconnaissable,
j’aperçois des fils qui sortent de sa bouche, la main du soldat russe actionne
une manivelle à l’autre bout du branchement, « la chose » se débat du peu de
force qui lui reste, la manivelle tourne de plus en plus vite, le corps est
secoué de tremblements et un son inimaginable sort de cette bouche déformée par
la souffrance. Le
tortionnaire s’aperçoit de ma présence, me tend la main afin de me saluer, le
contact me glace le sang jusqu’au plus profond de moi-même. Il me demande si je
vais bien, que je n’ai pas l’air en forme, complètement médusé je ne peux ni
répondre ni bouger. La gégène continue de fonctionner et l’homme qui n’en est
plus un, bave des sons de souffrances, inaudibles à l’oreille humaine. Je n’en
suis pas à mon premier conflit, j’ai vu pas mal de saloperies, je ne me fais
aucune illusion sur les tortures infligées dans les geôles de chaque camp du
monde entier. Mais là, je suis devant,
j’assiste à cette violence pure sans artifice, la mort finie son travail
lentement, tout est calme autour de nous, la vie ne veut pas se lever ce
matin-là. Je cours vomir.
Je hais mes appareils photos,
c¹est à cause d’eux que je suis ici.
Le lendemain des cris et des
coups me réveillent, je découvre des hommes ivres de rage détruisant tout ce
qu’ils trouvent. Le commandement ordonnait le repli du groupe sur Grozny suite
aux accords avec Bassaïev durant sa prise d’otage à Boudonnosk. Je suis aux
anges, mon billet retour se présente sous forme de défaite pour le major et ses hommes, moi je vois cela
plutôt d’un bon oeil, eux prennent très mal cette décision. Convaincus d’avoir
gagné cette guerre, ils doivent piteusement battre en retraite. Ils noient leur
frustration dans
la vodka. Le
lieutenant s’évertue à planter son couteau sur un portrait
du président Doudaëv. Un soldat déchire les vêtements qui nous ont si bien
servis. Un autre se défoule à la hache sur les fenêtres et portes d’une maison.
Un accordéon local voltige dans les airs. Un malheureux chien, la queue basse
termine son chemin sous une rafale. Hurlements et bouteilles vides, la haine
continue son oeuvre sur ce pauvre village. Tout est vandalisé, une fumée s’échappe d’un toit, puis deux, quelques
maisons s’enflamment. Il me faut appuyer sur le déclencheur de mon appareil
photo, mais je m’en fous, je suis ailleurs, déjà parti et installé sur un des
blindés j’attends qu’ils finissent leurs bases oeuvres. Je doute d’un coup de
ces hommes, la folie va t-elle les conduire plus loin que l’imaginable.
L’on vient me chercher pour
partager un dernier trophée, les quatre soldats sont ivres, le trésor de guerre
est une femme ! Je fais semblant de ne plus pouvoir bouger à cause de mon pied
blessé, l’un deux me répond en me montrant son sexe que c’est plus de cela que
l’on a besoin dans le cas présent. Je me refuse d’y croire, j’ai oublié qu’il
manquait le viol au tableau de chasse. Le fond est touché, je planque mes
appareils photos, ce n’est plus la peine d’essayer quoi que ce soit, la
situation glisse vers l’incontrôlable.
Deux heures plus tard, la
colonne démarre enfin, je me retourne et laisse derrière moi cet enfer, au loin
devant, m’attend ma famille.
ERIC
BOUVET
Reporter
Photographe
31 mars 2007
Jérôme Abou - "Visage et Vie d’Afrique occidentale"
30 mars 2007
François Baglin - "Venezuela - les enfants de l'Orénoque"
Le moteur de la pirogue gronde depuis près de cinq heures, quand nous arrivons en vue d’un petit village fais de maison en bois sur pilotis, alignées le long du fleuve. La pirogue ralentie, nous nous approchons, les enfants sont déjà sur le ponton central.
À peine le pied posé sur le ponton, les habitants viennent à notre rencontre. Ils viennent voir qui nous sommes. Nous nous observons sourire aux lèvres. Très vite le contact se lie. La rencontre et l’acceptation se font sans problème. Un cours de Warao nous est donné dans l’école du village par Olivier, un ami anthropologue. Il nous apprend les rudiments de la langue afin que nous puissions rapidement communiquer avec la tribu. Nous découvrons le village, accompagnés des enfants qui ne nous lâches plus. Nous sommes conviés à la baignade quotidienne...
Beaucoup de sourires, de regards, de rires, de bonheurs simples, de paix, en un mot la vie… Yakéra !
Cette exposition fait suite au voyage d’un mois effectué au Venezuela en août 2007.
Grâce à l’anthropologue Olivier Allard de l’université de Cambridge, j’ai pu passer une semaine dans le village de Tékoburojos situé dans le Delta Amacuro où coule le Fleuve Orénoque (le deuxième fleuve d’Amérique de Sud).
Les habitants de ce village font partie de la civilisation « Warao ». Cette ethnie qui habite depuis plus de 600 ans dans le delta, vit surtout de la pêche mais aussi de la cueillette et de la vente de fabrications artisanales traditionnelles tel que des hamacs, des paniers et des colliers. Les objets qu’ils fabriquent sont réalisés avec les fibres du Moriché, l’arbre de la vie dans la croyance Warao.
Warao signifie « peuple de l’eau ».
Le peuple Warao compte aujourd’hui moins de 10 000 individus vivant dans le delta. Ce chiffre est en baisse depuis quelques années car les Waraos migrent vers les villes, où Ils gonflent les bidonvilles, principalement à Tucupita et à Caracas.
Le gouvernement vénézuélien tente grâce à l’argent du pétrole de sédentariser cette population dans le delta. Mais si l’argent ne manque pas, une vraie gestion fait défaut. Ce même gouvernement semble vouloir désenclaver le delta grâce à la mise ne place au mois d’octobre 2007, d’une ligne de transport fluviale hebdomadaire. Un projet de création d’un aéroport au cœur du delta est en cours de réalisation. Ces avancées vont ouvrir cette région au tourisme et à d’autres activités économiques, avec le risque de voir disparaître à très courts termes le mode de vie et la culture du peuple Warao.
29 mars 2007
Didier Bergounhoux - "Au delà de l'eau..."
L'association de solidarité internationale Eau Vive s'est associée au
photographe et documentariste Didier Bergounhoux qui travaille sur la
question de l'eau en Afrique de l'Ouest depuis plusieurs années.
Une exposition de cinquante photographies en noir et blanc, porte un regard original au plus près des sahéliens que Eau Vive accompagne depuis trente ans, sur l'eau, enjeu majeur de développement, mais également facteur de progrès et de changement social.
Didier Bergounhoux est photographe et documentariste, il réalise depuis de nombreuses années des reportages photos en Afrique de l’Ouest.
Il collabore également avec de nombreux cinéastes africains.
En 1997 il commence un travail photographique sur le Burkina Faso .
En 2000 il livre ses clichés dans un ” Carnet de voyages” qui ouvre la porte sur un Burkina intime et très humain.
Puis viendront des sujets publiés dans la presse internationale sur le Mali et le pays Dogon, la Côte d’ivoire, le Bénin…
Depuis 1999 il se penche sur la question de l’eau en Afrique.
En 2003 il est soutenu par EAU DE PARIS pour offrir un regard original sur ce sujet brûlant d’actualité.
En 2005 deux livres sont édités chez Garde Temps :
“Burkina Faso, Les paradoxes de l’eau” préfacé par Richard Bohringer et
“Mali, Les maîtres du fleuve” préfacé par Anne Le Strat.
28 mars 2007
Eric Bernatets-"Eve et le serpent"
Rencontre entre 2 serpents et un jeune modèle d'origine égyptienne: Darine. Il a fallu chauffer le studio à plus de 30°c pour que les serpents n'attrapent pas froid. Il faut savoir qu'un serpent n'a qu'un poumon et que s'il s' enrhume, il meurt.
www.ericb.book.fr
27 mars 2007
Yohan Bonnet - "Flower Power"
Flower Power
Les années 60-70 ont vu apparaître un nouveau mouvement novateur et très coloré : les hippies. Bande de jeunes au cheveux longs et vêtements bariolés, qui écoutaient de la musique psychédélique en se droguant, ou véritable contre-culture dont les effets sont encore présents aujourd’hui ?
Le terme hippie a été utilisé pour la première fois en 1965 dans l’Examiner, un journal de San Fransisco. C’est un dérivé de l’argot qui signifie d’une part fumeur de haschisch et désigne d’autre part un rythme de jazz. Le mouvement est né en Californie au milieu des années 60 lors des contestations de la guerre du Viet Nam et des tensions raciales. Pour la première fois dans l’histoire des Etats-Unis, un mouvement de jeunes rejette les valeurs du pays et le conformisme social. Ensuite cette contre-culture s’étend aux pays Anglo-saxons et scandinaves, puis en France en 1968. Les hippies ont ainsi lancé le Flower power, qui prône les libertés individuelles, le retour à la terre et l’amour universel, avec un slogan « Peace and love ». Sans être très structuré, le mouvement s’étend à une grande partie des baby-boomers occidentaux. Entièrement pacifiste, cette contre-culture envisage de changer les modes de vie en mettant l’accent sur le voyage, qui élargit la conscience, mais aussi la drogue, l’esthétique et la culture psychédélique, ainsi que la vie en communauté. Cette dernière permettrait de se libérer des contraintes sociales en changeant de vie quotidienne, et donc de rééquilibrer les relations entre les hommes, entre les sexes, entre les adultes et les enfants…
Reportage et rencontre avec ces nostalgiques du flower power sur un festival hippie français.
Texte de Perrine Roux
26 mars 2007
Silvana Bonvissuto - "Portraits à la mode"
25 mars 2007
François Bour - "Beaux naufrages"
Changement d’ère pour François Bour
qui ne manque pas d’air au contraire de ses amis poissons
qu’il photo-portraitise dans cette nouvelle série quasi picturale.
Endossant son scaphandrier de « photographiste »,
il pousse plus avant ses recherches maritimes
au-delà des bords sablonneux et des lichens rocailleux
auxquels il nous avait habitués, pour s’enfoncer davantage
dans les profondeurs de la jungle océanique.
Sa rencontre avec son ami « poissonniste » Gilbert Bonnivard
devant son étal du marché de Saint-Mandé (94)
l’a conduit à « croquer » à l’envi ces énigmatiques naufragés
au nez tantôt épaté tantôt allongé, à la bouille alternativement
rigolarde et menaçante ou à la gueule carrément en biais.
Parfois clownesques, souvent inquiétants voire effrayants,
ce sont vraiment des drôles de personnages dont l’œil tout rond
nous conte l’histoire d’un monde lointain et profond,
d’une épopée océanique que François Bour a paradoxalement
su saisir sur le vif de leur naufrage.
creationsfbour@free.fr
24 mars 2007
Maurice CUQUEL - "Birmanie : l'art conjuratoire de la boxe"
La première impression qui s’impose au spectateur de ces images birmanes est un vague sentiment de familiarité avec une chose déjà vue. Dans cette Asie lointaine, sur cette terre qui ne devrait être qu’exotisme pour nos yeux naïfs, des hommes jouent des poings et des pieds comme ils pourraient le faire, pense-t-on, au Madison Square Garden ou dans n’importe quelle salle de sport de nos banlieues. L’imaginaire de l’humanité tout entière est nourri de cette mythologie du combat.
Qui s’intéresse à la Birmanie et à la boxe se penchera sur la pratique combattante du lethwey, en isolera les particularismes nombreux comme ce fait que les belligérants s’affrontent en plein air, sur de la terre battue ; qu’ils ont le droit d’user de leurs poings, de leurs coudes, de leurs pieds et genoux ainsi que de leurs têtes ; qu’ils ne portent pas de gants mais protègent leurs articulations de bandelettes serrées ; que leurs passes d’une rare violence s’exécutent au rythme lancinant des percussions et des tambours ; que les combats sont réglés par deux arbitres et pas un de moins ou que, comme dans beaucoup d’autres endroits du monde, on parie de l’argent sur le vainqueur. Les coups font mal. Ils peuvent même tuer.
Du scrupuleux respect de ces manières séculaires qui se soucient peu de la sécurité des hommes, le curieux tirera sans doute un certain nombre d’enseignements sur une nature humaine d’autant plus jalouse de ses traditions que le colon anglais l’en a longtemps privé. Passé l’intérêt pour ces questions anecdotiques, restera une interrogation plus essentielle sur les raisons qui poussent, ici ou ailleurs, des hommes à se battre jusqu’au sang.
Dans les faubourgs de Mandalay ou dans la campagne du pays Karen, les jambes tatouées comme les avaient déjà sans doute au XIe siècle les guerriers du roi Anawaratha, des hommes après le travail se tannent patiemment le cuir dans de longues séances d’entraînement. Avant de combattre un adversaire, le boxeur doit d’abord affronter son propre corps, le tordre, le plier, le soumettre jusqu’à ce qu’il devienne dur. Après seulement, il pourra montrer ce dont il est capable, seul et presque nu, face à ce semblable qui n’est jamais qu’un autre lui-même.
Quand on vit dans la partie faible du peuple, dans sa moitié pauvre qui, en Birmanie, fait plus que la moitié du peuple, la boxe et sa mythologie de la force, de la souffrance, de la volonté et du pouvoir de vaincre, peut agir comme un baume d’espoir. Ici, comme ce le fut en Europe ou en Amérique avant qu’une loi n’impose le port des gants, la boxe n’est pas qu’un sport spectacle. C’est aussi un art conjuratoire.
Daniel ADOUE, journaliste

























