10 juin 2009
Edition 2009, c'est reparti!
10ème édition de Barrobjectif du 19 au 27 septembre. Le programme détaillé ne va pas tarder à arriver, ici, sur le site.
21 septembre 2008
édtion 2008 : un franc succès
le soleil était au rendez-vous et les visiteurs très nombreux lors de l'édition 2008.
20 septembre 2008
Les écoliers à BarrObjectif
De nombreux écoliers, collégiens
et lycéens découvrent le monde à Barro
« Coup de chapeau pour les écoliers Verteuillais », c’est à pied, sur les chemins qui étaient jadis empruntés par les chevaux, qu’à commencé leur journée culturelle mais également sportive. Les enseignants, Didier Laurent et Catherine Fouillet, avec les parents d’élèves, encadrent les 41 bambins qui font le voyage de Verteuil à Barro « sous un vent revigorant ». Partis pour un voyage, comme de vrais reporters, car c’est de la journée qu’il s’agit, avec un pique-nique prévu au pied des photos géantes près du lavoir. Le retour se fera par les mêmes chemins «à pied » avec des images plein la tête. Une belle idée des enseignants, qui profitent du festival de Barrobjectif, pour faire découvrir aux CE/CM le photo-reportage de façon pédagogique et ludique.
Maternelle de Nanteuil en Vallée à Barro
26 mai 2008
BARROBJECTIF 2008, A BARRO DU 20 AU 28 SEPTEMBRE
Niché au creux d 'un méandre de la Charente, au sud de Ruffec, Barro est
un petit bourg de 373 âmes reconnu pour son caractère pittoresque et
pour sa vitalité associative. Chaque année, le festival BarrObjectif attire plus de 8000 visiteurs
qui viennent voir quelques 1000 photographies exposées en plein air, sur les murs et les arbres, dans les rues et sur les places , dans les granges et les garages, sur l'eau, dans les
endroits les plus inattendus, sous les formes les plusoriginales et dans la plus grande convivialité.
adresse du site des éditions précédentes: http://barrobjectif.no-ip.com/
25 mai 2008
Infos pratiques
Barro est un petit village du nord-charente à 5 Kms de Ruffec (sur la nationale 10 entre Poitiers et Angoulême).
Inauguration de BarrObjectif 2008, le samedi 20
septembre à 18 heures.
Ouvert le dimanche 21septembre, de 10h à 20 heures,
Du lundi au vendredi de 14h à 19 heures,
Le samedi 27 et le dimanche 28 de 10 h à 20 heures.
Soirées « projection photos » avec les
photographes,
Le samedi 20 septembre à 20H30 avec Camille Fresser (une année en Antarctique) et Maurice Cuquel (Birmanie : l'art conjuratoire de la boxe)
le vendredi 26 septembre à 20H30 avec Olivier Laporte et Soizic Drogueux ( Routes et rencontres du Caucase au cercle polaire)
et le samedi
27 septembre à 20h30 (avec le photographe Jean-Daniel Guillou, emprisonné au Tchad dans l'affaire de l'Arche de Zoé)
Visite nocturne à la torche commentée par Pierre Delaunay, le dimanche 21 à
20h30.
Entrée gratuite sur le site.
Buvette et repas le week-end.
l
Contact
catherine.perrier-dumont@orange.fr
BarrObjectif dans la presse
La Charente Libre- le 22 septembre 2008
DU NOIR BOURBIER TCHÉTCHÈNE AUX VERTES PRAIRIES DE BARRO
Invité d'honneur du neuvième festival BarrObjectif, Eric Bouvet présente un poignant reportage sur les soldats russes en Tchétchénie
Thierry CORDEBŒUF
![]()
Le visage de la guerre vu
par le grand reporter Eric Bouvet. A voir à Barro jusqu'à dimanche
Reproduction interdite.
C'est un trou de verdure où chante la
Charente, à Barro, mais ce paisible décor n'atténue en rien le choc que
provoquent ces visages de soldats, ces yeux terrifiés, ces têtes féroces, ces
scènes de vie dans la guerre, dans la boue, dans
Intitulé «Les commandos russes d'infiltration et de renseignements en Tchétchénie», le reportage qu'il présente jusqu'à dimanche à BarrObjectif, en version géante, date de dix ans. Il n'en a que plus de force. Pour son invité d'honneur, le plus rural des festivals de photo reportage renoue donc avec la photo de guerre, mise de côté quelques années pour préserver le public.
Il y rentre même de plain-pied avec une quarantaine de clichés grand format qui valent tous les longs discours, plantés dans la petite prairie qui prolonge le bourg. Pas de sang, ou si peu, pas de cadavre. Pourtant, chaque photo prend aux tripes, saisie sur le vif par ce journaliste français qui a choisi de montrer au monde ses pires faiblesses. «Je n'ai pas photographié les tortures, les exécutions sommaires, le viol. Humainement, vous craquez. Mais lors de ce reportage en Tchétchénie j'ai eu la preuve que n'importe quel être humain peut se transformer en bête», raconte pudiquement l'ancien reporter de la célèbre agence Gamma, aujourd'hui indépendant.
«Vivre l'histoire en direct»
Le reportage de Barro, il l'a réalisé dans les environs de Grosny, en compagnie d'un commando russe. «J'ai passé quinze jours avec eux, c'était inespéré». Et terriblement dur, comme en témoigne le commentaire qui accompagne les clichés de Barro, et que l'on peut lire sur le site internet du festival.
la peau. Qu'est la peau. Ces
Actuellement, Eric Bouvet participe à l'exposition sur les droits de l'Homme présenté au quai d'Orsay à Paris. Ce journaliste bardé de prix, sollicité par les plus prestigieux festivals, n'a pas hésité à dire «oui» à Barro: «Des gens se cassent la tête pour monter des manifestations sur la photo en milieu rural, ils méritent le coup de main», justifie l'invité d'honneur, qui espère être présent en Charente le week-end prochain. Et débattre avec celles et ceux que la folie meurtrière du monde ne laisse pas insensibles.
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Sud Ouest le samedi 20 septembre
Près
de 1 000 photos affichées dans un petit village de 373 âmes, ça se
remarque. Dès ce soir, le festival BarrObjectif recolonise chaque
centimètre carré de Barro, dans le Nord-Charente. La 9e édition de
cettemanifestation dédiée au photoreportage conserve la recette
initiale, à savoir 80 % de photos de professionnels, 20 %d’amateurs. «
BarrObjectif n’a jamais été réservé qu’aux professionnels, confie
Catherine Perrier-Dumont, une des ouvrières du festival. Et il n’y a
pas de thème imposé. » À Barro, on picore les expos. Avec, pour
ceneuvième tirage, de plus en plus de grands formats qui s’affichent
insolemmentdans les rues, les granges, sur lesmurs desmaisons…La force
de BarrObjectif réside dans cette particularité. « Les photos se
découvrent à travers ce petit village avec un patrimoine sympathique »,
poursuit Catherine Perrier-Dumont.
Le festival aime bousculer les lieux traditionnels et le rapport
habituel avec la photographie. À ne pas manquer, une magnifique
exposition sur les portraits de chevaux, au milieu même de canassons
qui se reposent dans la grange. Un événement qui, rappelons-le, se
monte sans moyens exorbitants.
« Le seul budget vient des tirages,
explique Catherine Pierre-Dumont. On fait notre communication avec les
moyens du bord, dont un blog(1).
Et pourtant, avec ses petites
ressources, chaque année, BarrObjectif amène de plus en plus de
visiteurs (près de 8 000 l’an dernier). C’est presque incroyable que ça
marche ! »
L’invité d’honneur de l’édition 2008 se nomme Éric Bouvet. Photoreporter, il a travaillé pour l’agence Keystone, puis Gamma, avant de devenir indépendant. Ses deux pays de prédilection sont l’Afghanistanet la Tchétchénie. Dans chacun d’eux, il s’est rendu au moins une dizaine de fois. Son expérience à Grozny s’affichera en très grand format, toute cette édition (lire programme ci-contre).
(1)http://barrobjectif.canalblog.com
Grand format
Barro est un petit village du Nord-Charente à 5 kmde Ruffec (sur la nationale 10 entre Poitiers et Angoulême).
Dès ce soir. Inaugurationde BarrObjectif 2008, ce soir à 18 heures.
Ouvert demain de 10 h à 20 heures.
Soirées « projection photos » avec les photographes à 20 h 30 avecCamille Fresser (une année en Antarctique) etMaurice Cuquel
(Birmanie : l’art conjuratoire de la boxe).
Le reste de la semaine. Ouvert du lundi au vendredi de 14 h à 19 heures. Le samedi 27 et le dimanche 28 de 10 à 20 heures.
Autre soirée, le vendredi 26 septembre à 20 h 30 avecOlivier Laporte et SoizicDrogueux (routes et rencontres duCaucase au cercle
polaire)
et le samedi 27 septembre à 20 h 30 (programme à définir). Visite
nocturne à la torche commentée par Pierre Delaunay, ce dimanche 21 à 20
h 30.
Entrée gratuite sur le site. Buvette et repas leweek-end.
BarrObjectif en pratique
BARRO. Sur la nationale 10, à 5 kilomètres de Ruffec, le village prend la pose
pour le festival Barrobjectif. Près de 1 000 photos s’affichent dans tous les recoins
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La Charente Libre le 20 septembre 2008
LE GRAND ALBUM DU MONDE
Le neuvième BarrObjectif démarre ce matin. Mille photos grand
format attendent les visiteurs
Thierry CORDEBŒUF
Les mille photos sont en place
dans tout le village. Place aux visiteurs
Reproduction interdite.
Le
point commun entre le naufrage de l'Arche de Zoé au Tchad et les bandes
mexicaines? Entre les gamins du fleuve Orénoque au Venezuela et les artistes en
scène à Blues Passions, le festival de Cognac? Entre les derniers hippies
américains et les jeunes mariés du Ruffécois? Tous sont à Barro à partir de ce
matin. Eux et tant d'autres, quarante photographes au total, pros et amateurs
réunis, participent au neuvième BarrObjectif, ce grand voyage autour du monde,
décoiffant et délicieusement rural. Rues et granges, lavoirs et prairies, tout
le village est mobilisé pour ces neuf jours dédiés au photoreportage. Les plus
grands sont là, à l'image de l'invité d'honneur, Eric Bouvet, qui présente un
poignant «vécu» sur les commandos russes en Tchétchénie. «On en revient à la
vraie photo de guerre qu'on avait un peu délaissée après les vives réactions de
certains visiteurs», note
Pierre Delaunay, le fondateur de ce rendez-vous original et populaire.
Visite nocturne dimanche
Dans le grand tour du vrai monde, la guerre, hélas, frappe toujours. Elle est donc à Barro. Mais dans ce bourg bon vivant, la beauté aussi court les rues, comme le rire, l'insolite, le bonheur. A Barro, on change de continent à chaque coin de ruelle. Devant la mairie, on plonge dans le paradis blanc de Camille Fresser qui vient de passer un an en Antartique. Ce soir, lors d'une conférence, il raconte cette aventure aussi palpitante qu'inquiétante puisque le jeune chercheur charentais planchait sur la fonte des glaces. Maurice Cuquel, qui présente une impressionnante exposition sur les enfants boxeurs de Birmanie, est également au programme de cette première conférence. Autre temps fort de ce premier week-end, la visite à la torche des mille clichés de ce cru 2008, demain dimanche.
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La Charente Libre le 11.09.2008
BARROBJECTIF EN PIÈCES DÉTACHÉES!
Stéphane RAES
Dernière étape avec l'agrafage des
photos dans les rues de Barro, le découpage conclut un travail
de plus de six mois •
Reproduction interdite.
Fin de soirée mardi dans le tranquille
village de Barro. Un attroupement modeste se forme devant l'église. Un autre le
rejoint sans tarder, chargé de règles et de cutters, le saluant tant bien que
mal au détour d'une main libre. Rapidement, une question revient dans le petit
groupe: «Bon, on commence? Mais qui a les clés de la mairie?»
Le problème résolu, le coup d'envoi du découpage annuel
des photos est lancé. La voiture, remplie jusqu'à déborder d'une partie des 900
clichés prévus pour le festival, est rapidement déchargée et les bénévoles de
l'association «La Coulée douce» installent de larges planches de bois sur les
tables de
Vêtu d'une veste de photographe griffée à son nom,
Tandis que les cutters s'activent, les rouleaux défilent sur les établis improvisés. L'opération se déroule dans un curieux pêle-mêle de thèmes et de couleurs: de leur gargote, des paysans chinois observent des boxeurs birmans qui s'entraînent, pendant que Georges Brassens semble célébrer en chanson la libération de Michel Maury-Laribière.
«On ne se prend pas au sérieux»
Depuis 2000,
Sans interruption, les découpeurs ordonnent puis empilent les clichés. Le travail est minutieux. Chacun s'applique à respecter les lignes qui démarquent les photos. L'opération est millimétrée et ne laisse aucune marge d'erreur. A chaque passage de cutter, Catherine Perrier, qui se charge depuis le mois de janvier des relations avec la presse et les exposants, retient son souffle. De petits moments de frayeur... pour les clichés, autant que les doigts des bénévoles.
Sans le moindre frais de communication, le festival a rapidement conquis une réputation dans la région, et même au-delà, assure-t-elle. Le rassemblement attire désormais un vaste public, 7.000 visiteurs allant du néophyte au professionnel. «La première année, on avait réussi à obtenir l'accord de Patrick Chauvel, un reporter de guerre mondialement connu, raconte le président de l'association «La Coulée douce». Il a accepté d'exposer ses clichés pour la première fois chez nous. On a reçu des télévisions de la France entière, et même un coup de fil de New York pour savoir où se trouvait Barro.» Un comble, qui ne lasse pas de ravir ce paisible village de 297 habitants.
Article du du GNPP : Groupement des Photographes Professionnels (cliquez sur le lien ci -après)
Les photographes 2008
L’invité
d’honneur de l’édition 2008 est
le photo-reporter ERIC BOUVET
Né le 16
mai 1961 à Paris.
Après des Etudes à l’école Estienne Eric Bouvet devient en 1982, reporter
photographe à l’agence Keystone. puis, de 1983 à 1990, à l’agence Gamma. Depuis
2004 il est indépendant avec VIINetwork
Ses deux pays de prédilection sont l'Afghanistan et la Tchétchénie. Dans
chacun d’eux, il s’est rendu au moins une dizaine de fois.
Il a couvert également les conflits internationaux et les grands événements
comme les funérailles de Khomeiny, la chute du mur de Berlin, la révolte
étudiante de Tien An Men à Pékin, la libération de Mandela en Afrique du Sud,
les funérailles de Rajiv Gandhi, les Jeux Olympiques de Séoul, la chute du
Concorde à Goussainville, le tremblement de terre en Algérie ...
Il a obtenu de nombreux prix dont le Visa d'Or du Festival du Photo-journalisme
de Perpignan Groznyï, Tchétchénie (2000) et le Prix du Correspondant de Guerre
– Bayeux Groznyï, Tchétchénie (2000) et plusieurs World Press Photo : 2éme prix
natures séries - Gaz toxiques, Cameroun (1987) ; 1er prix news features - Les
funérailles de Khomeiny (1990) ; deuxième prix spot news - La guerre du Golfe
(1991) ; 3éme prix news stories - Commandos Russes, Tchétchénie (1995).

Reporter Photographe
VIINETWORK
www.ericbouvet.com
www.viiphoto.com
Liste des photographes 2008
- Jérôme Abou
- François Baglin
- Didier Bergounhoux
- Eric Bernatets
- Johan Bonnet
- Silvana Bonvissuto
- François Bour
- Eric Bouvet
- Maurice Cuquel
- Emmanuel Dalais
- Laurent Dalençon
- Pierre Delaunay
- Jean-François Demay
- Jean-Felix Fayolle
- Camille Fresser
- Carole et Jacques Gérard
- Isabelle Goussé
- Jean-Daniel Guillou
- Michele Jamet
- Dominique Lagnous
- Olivier Laporte et Soizic Drogueux
- Jean-Louis Lauté
- Franck Lecrenay
- Morgan Léraut
- Gérard Manuel
- Luc Médrinal
- Philippe Ménanteau
- Max Nonnon
- Anthony Ocard
- Loïc Petiteau
- Jean-Marc Rama
- Grand prix d'auteur 2007 du festival de Saint Benoît (Michel Beguin, Johann Baranger et Marc Der Mickaelian)
- Francis Sellier
- Paul-Marin Talbot
- Gérard Teillay
- Théo
- Pierre Torset
- Cyrille Vidal
01 mars 2008
Eric Bouvet - "Les commandos Russes d'infiltration et de renseignements en Tchétchénie"
Je suis parti de Grozny depuis
une semaine, avec une soixantaine d¹hommes sur 8 blindés. Je n’ai que sept
pellicules diapo dans mon sac.
Sur les contreforts des
montagnes du Caucase, nous attendons depuis deux jours. La pluie inonde la ruine censée nous
protéger. Le peu de murs tremblent sous les coups de butoir de l’artillerie qui
s’est positionnée près de là. Pour le repas journalier, la gamelle noire passe
de mains en mains. Au menu : la vache égorgée deux heures plus tôt.
Départ, et consigne pour l’assaut
de la colline de nuit. Les chars progressent, mais s’enlisent dans
la montée. La
progression se
fait à pied, sous les tirs d’obus Russes qui nous passent par-dessus
la tête. Des
tirs
Tchétchènes nous accueillent. Les deux soldats qui m’entourent répondent où ils
peuvent, ça tire un peu dans tous les sens. Je baisse la tête, j¹ai l’air malin
avec ce foutu appareil photo sur le ventre en pleine nuit, encore une situation
incontrôlable, tout m’échappe. Les
balles sifflent et déchirent le feuillage au-dessus de nous. Bienvenu dans l’épicentre
de la folie, à quatre pattes j’essaye de me cacher, un de mes protecteurs me
pose carrément sa botte sur mon dos pour que je reste couché. Il m’indique un
trou dans lequel je me jette. Je n’entends plus rien tant les armes dégueulent
leurs rafales. Mon protecteur ne cesse de vouloir sortir la tête, mais doit
replonger illico car la fusillade est d’une intensité incroyable.
Soudain, il se dresse, et tire
avec son RPG, je le croyais blessé car il se tortillait comme un diable, en
fait c’est la déraison qui le prend au corps.
Il sort une nouvelle fois pour
décharger son arme avec frénésie. Impossible de me blinder par le travail, la
trouille est plus qu’installée, je suis passé dans une autre dimension, au-delà
de la conscience, au-delà de
la raison. J
’ai l’impression de ressentir le choc des balles, la
lumière aveuglante des explosions et le bruit intolérable des déflagrations.
Pour être totalement dans la réalité, le Major se penche sur moi. Me crie «
Bolchoï problem » ce qui peut se traduire par « grand problème » et me tend un
revolver. Il veut absolument que je le prenne. Je refuse de
la tête. Il
insiste, mais je
ne peux accepter cette arme. La prendre c’est reconnaître que je suis partie
prenante dans cette tuerie. Je hais
la guerre. Je
n’ai jamais toléré l’idée même de la
guerre et j’ai toujours refusé de porter une arme. Jamais je n’ai été aussi
convaincu de mes décisions qu’à cet instant même. Le major disparaît et je reste effondré dans mon coin, tout cela veut dire que
nous sommes foutus, je n’ose pas le croire. Ces Russes sont surarmés, il est
impossible de perdre, et toi ma super chance, où es-tu?
Soudain, un soldat me saisi par
le dos et m’arrache de mon trou. Il me tient en l’air d’une seule main comme
une poupée de chiffon et de l’autre il lâche des rafales de la mitrailleuse
12,7 d’une vingtaine de kilos qu’il brandit comme un jouet. Avant qu’il ne me
balance dans un autre trou, j’aperçois son visage dans l’éclat d’une explosion.
Il est couvert de boue et de sang, il hurle des mots incohérents. Dans ses yeux
exorbités, luisant de haine se reflète une jouissance abominable. Le souffle de l’explosion nous projette.
Le trou dont je viens d’être
expulsé est arrosé par une pluie d’éclats. Ce chien de guerre vient de me sauver. J’éclate de rire, mes
nerfs me quittent, les hommes qui m’entourent sont transformés en bêtes
sauvages luttant pour leur survie, quant à moi je ne suis plus rien, juste une
loque, une merde, un tas de conneries. À ce moment-là, je n’ai qu¹une idée, m’enfoncer dans cette boue,
je creuse avec mes mains. J’ai l’impression que tout le monde me voie. Je
voudrais me cacher, m’enfouir, disparaître. Comme je n’y arrive pas, j’abdique
et m’allonge sur le dos pour regarder ce ciel merveilleux plein d’étoiles
filantes. Je suis parti pour marcher sur la voie lactée quand un big-bang
éclate près de moi. Je retrouve mes esprits en recevant quelque chose de chaud
sur le visage. Il me faut me protéger, je prends donc mon petit sac photo en toile,
le vide du matériel, et l’ajuste sur ma tête. Je suis enfin à l’abri, « allez y
entre-tuez vous » pensais-je, « tuez, tuez, tuez vous tous que le sang gicle
que les corps se vident et pourrissent que plus rien n’existe, faites table
rase sur cette démence ».
Il ne peut plus rien m’arriver
au milieu de cette fureur car je ne suis plus là, parti chez moi je cherche désespérément le
visage de ma femme qui ne m’apparaît plus. Brune, c’est le seul trait dont je
me souviens. Je suis dans un espace sans temps, un espace où la vie et la mort
ne font plus qu’un, j’abandonne, plus rien n’a d’importance, j’oublie de vivre.
Au petit matin je me réveille
et découvre des corps étendus un peu partout.
Deux morts ont été allongés
l’un à côté de l’autre et beaucoup de blessés geignent. J’essaye de les
photographier, mais c’est difficile car il n’y a pas assez de lumière, de plus
ils refusent de se laisser prendre. Ils tournent la tête où me repoussent d’un
geste du bras. Je n’insiste pas. Il y a cette scène que je ne peux
photographier, un soldat pleure devant la dépouille de son ami, le mort n’a
plus de visage, il a du se prendre un morceau de roquette, méconnaissable. Les
familles recevront un cercueil en zinc scellé. Puis son compagnon le couvre d’une
couverture et me voit, hébété, je ne suis pas à ma place, ce n’est pas ma
guerre, je ne peux rien dire rien faire. Il se lève, reprend un sourire
carnassier, ses yeux pleins d’eau et de pitié se transforment en éclairs plein
de haine. Il m’entraîne et me montre le cadavre d’un Tchétchène encore plus
amoché, même défiguration mais en plus une ouverture béante à la place du
ventre. Le soldat russe heureux de cette vengeance, décroche quelques coups de
pieds rageurs au corps sans vie, et pour finir crache dessus. Nous sommes tous
devenu fou, chacun à sa façon.
Je mesure la distance qui sépare le cadavre, de mon trou dans lequel
j’ai passé la nuit, il n’y a que quatre mètres, c’en est trop je ne veux plus
rien comprendre ni analyser, c’en est fini, il me faut revivre et laisser tout
cet enfer en dehors de ma vie. Il faut que je me purifie. Je trouve une flaque d’eau et me frotte le visage
pour enlever les plaques de boue et de sang qui me maculent. Parce que j’ai la
gorge en feu, parce que j’ai trop soif, je bois cette eau saumâtre... Geste
imbécile que je regretterai pendant plusieurs années.
Le major donne de nouvelles
instructions. Les vingt-six blessés dont
dix graves sont dirigés vers l’arrière en compagnie des cinq morts roulés dans
des couvertures. Je fais le décompte, sur la soixantaine, un homme sur deux a
été touché, ma super bonne grosse étoile ne m’a donc pas abandonné... La
chance, il ne faut pas en abuser, et si j’avais du courage, je partirai avec
les blessés. Mais la chance c’est aussi de pouvoir faire ce reportage unique.
Deux heures plus tard, une contre-attaque Tchétchène réveille les soldats épuisés
par une nuit de combat.
C’est reparti, ça défouraille à
tous va, mais cette fois il fait jour et je peux enfin travailler. Mais au bout
de 10 minutes, les assaillants s’enfuient. A moins de deux Kms plus bas dans la
vallée nous les voyons embarquer dans un camion. Le capitaine russe rit de leur
erreur et monte dans la tourelle du blindé, pour se servir du lance-missile
téléguidé. L’obus part, durant quelques secondes nous pouvons suivre sa progression,
guidé par le tireur c’est comme un jeu d’enfant, Le camion explose, deux hommes
sautent, l’un ne se relève pas, l’autre se cache dans un bosquet. Deuxième
missile, la cache vole en poussière ainsi que les hommes qui s’y croyaient
protégés. Les Russes applaudissent les qualités de tireur du capitaine, moi je
viens de voir la mort en direct. Tout à l’air calme, nous pouvons progresser
vers le village. Dans les bois des tireurs embusqués continuent de nous
harceler. Trop dangereux, il nous faudra faire un détour qui durera toute
la nuit. Sur
le chemin, les
chenilles du blindé écraseront un cheval. Deux bruits ignobles, celui de la
carcasse broyée et l’autre du ventre qui éclate pour libérer les viscères gonflés.
Au lever du jour nous arrivons
aux abords du village. Le convoi s’arrête à distance respectable et sont
envoyés les cosaques comme éclaireur nettoyeur.
Presque tout le monde s’endort
dans l’herbe, réchauffés enfin par le soleil revenu. Quelques coups de feu réveillent
le major qui grogne d’envoyer quelques hommes en appuie aux cosaques. Je
somnole, impossible de décompresser. Trop de questions me viennent à l¹esprit.
A quoi bon faire ce foutu métier ? Pourquoi prendre tant de risque ? Pour
dénoncer les horreurs de ce monde ? Pour cette belle utopie qu’est le
témoignage journalistique ?
Ou tout simplement pour l'ego ?
La vérité est peut-être un mix de tous ces faits, et c’est si dur de se l’avouer.
Ma conscience me crache toute crue la vérité.
Je m’en veux de m’ouvrir les
yeux Que suis-je venu chercher ici ?
Deux heures plus tard, les
cosaques reviennent avec différends trophées, une télévision, des coussins de
canapés, des boîtes de conserves, deux oies, un caméscope, une marmite en
fonte, un sac de riz, des poules, un sac de noix, bref la caverne d’Ali Baba.
La cerise sur le gâteau c’est un prisonnier.
Presque à chaque pas le
tchétchène tombe, relevé à coups de pieds, il a le visage tuméfié, quelques
coups de crosses le pousse dans son ascension vers l’enfer. Les habits
déchirés, blessé au bras, il était caché dans une maison. Comment se fait-il
que ses compagnons l’aient abandonné ? Son regard ne quitte pas le ciel, il
doit savoir qu’il est déjà mort, moi je
ne le sais pas encore. Les trophées sont enfoncés dans les blindés, la
télévision trop grosse ne rentre pas, le sac de riz s’écorche et se répand par
terre, les oies ne se laissent pas faire et pincent, une fois les portes
arrière refermées ce sont les poules qui se sauvent par le sas du conducteur,
c’est n’importe quoi.
L’interrogatoire du tchétchène
commence. L’homme s’agenouille, il est jeune, le même âge que ceux qui le
questionnent. Il fait partie du groupe qui a mené la contre-attaque la veille
sur la colline, et a reçu une balle dans le bras. Les Russes sourient de
satisfaction. Le tabassage commence et chacun y va de bon coeur, seulement des
coups de pieds car on ils ne veulent pas se salir les mains. Battu sur tout le
corps, la tête, le ventre, le dos, les parties, l’homme geint tout en regardant
le ciel. Devant ma surprise mêlée de dégoût, l’un d’eux m’explique que c’est ce
tchétchène qui a tué ses camarades russes là-haut, que c’est normal qu’il
meure... Le major se rend compte de ma stupéfaction et fait emmener le
prisonnier à quelques mètres de là au bord du précipice, l’un des soldats suit
tout en vissant son silencieux au bout de son pistolet.
Le prisonnier hurle quelques
mots, une petite détonation sourde et sèche met fin à une vie. Le Russe revient
en se frottant les mains de haut en bas comme après un travail bien fait. Je
suis avec des assassins. Pourtant je le sais qu’il n’existe pas de guerre
propre, ce n’est q’une belle utopie des politiciens, qui sont à milles lieux d’imaginer
ce que veut dire ce mot horrible : Guerre.
Un soldat hurle, en montrant du
doigt au loin un homme marchant dans un champ avec ses moutons. Un blindé part
à sa poursuite et le ramène cinq minutes plus tard. Quarante ans, le chapeau
tchétchène sur la tête.
Questions, cigarettes,
réponses, le petit jeu dure vingt minutes, puis un long silence s’installe.
L’homme reste calme, il n’a pas l’air inquiet le berger, moi je le suis pour
lui, ce n’est pas un combattant mais certainement un sympathisant comme quatre-vingt
dix pour cent de la population, pourrait-on lui reprocher, c’est sa terre, sa
famille est de ce village, quoi de plus normal ? Mais j’avais oublié que je n’étais
plus dans la normalité depuis quelques jours, et l’homme est emmené vers le
bosquet près du précipice, il a juste le temps de comprendre, l’arme fût plus
rapide que sa voix, par deux fois le son étouffé du silencieux claquât,
rideaux.
Elle aurait pu être belle cette
journée, le ciel est pourtant bleu.
Nous prenons possession de l’école
qui va nous servir pendant quelques jours de camp retranché.
Les attaques nocturnes sont
fréquentes. Le pire ce sont les beuveries. Et quand il n’y a plus de vodka c’est
du spirit à 90°.
Un colonel débarque à l’improviste,
furieux il réveille les soldats, je ne comprends pas ce qu’il dit tellement il
gueule fort, je me cache dans une armoire pour éviter le pire. Dans l’embrasure
de la porte je scrute les réprimandes sur la tenue du campement, il fait
aligner tout le monde au garde à vous. C’est vrai qu’au niveau vestimentaire il
y a comme un laisser aller, un certain mélange de cour des miracles et de
soirée drag queen. L’un est en pyjama rose, l’autre en chemise hawaïenne, un
autre a des chaussons de femmes brodés de petites perles scintillantes, celui-ci
un tissu tchétchène décoré de fleurs porté façon toge romaine, celui là une
robe de chambre pourpre, un sous off en slip...Du fond de ma cachette, je
pouffe de rire, je regrette de ne pouvoir immortaliser le tableau.
Une nuit, un coup de feu est
tiré du couloir, je décide de ne pas bouger pensant à une querelle ayant mal
tournée. Au petit matin dans l’entrée, deux soldats penchés sur une forme s’invectivent,
il fait encore sombre. En fait c’est un homme qui baigne dans son sang au
milieu des grains de maïs d’un sac
éventré. Ses membres sont désarticulés par les traumatismes, un râle inhumain
me glace le sang. J’y suis, le coup de feu de cette nuit, c’était la balle
logée dans sa cuisse. Le prisonnier est jeune, son visage est méconnaissable,
j’aperçois des fils qui sortent de sa bouche, la main du soldat russe actionne
une manivelle à l’autre bout du branchement, « la chose » se débat du peu de
force qui lui reste, la manivelle tourne de plus en plus vite, le corps est
secoué de tremblements et un son inimaginable sort de cette bouche déformée par
la souffrance. Le
tortionnaire s’aperçoit de ma présence, me tend la main afin de me saluer, le
contact me glace le sang jusqu’au plus profond de moi-même. Il me demande si je
vais bien, que je n’ai pas l’air en forme, complètement médusé je ne peux ni
répondre ni bouger. La gégène continue de fonctionner et l’homme qui n’en est
plus un, bave des sons de souffrances, inaudibles à l’oreille humaine. Je n’en
suis pas à mon premier conflit, j’ai vu pas mal de saloperies, je ne me fais
aucune illusion sur les tortures infligées dans les geôles de chaque camp du
monde entier. Mais là, je suis devant,
j’assiste à cette violence pure sans artifice, la mort finie son travail
lentement, tout est calme autour de nous, la vie ne veut pas se lever ce
matin-là. Je cours vomir.
Je hais mes appareils photos,
c¹est à cause d’eux que je suis ici.
Le lendemain des cris et des
coups me réveillent, je découvre des hommes ivres de rage détruisant tout ce
qu’ils trouvent. Le commandement ordonnait le repli du groupe sur Grozny suite
aux accords avec Bassaïev durant sa prise d’otage à Boudonnosk. Je suis aux
anges, mon billet retour se présente sous forme de défaite pour le major et ses hommes, moi je vois cela
plutôt d’un bon oeil, eux prennent très mal cette décision. Convaincus d’avoir
gagné cette guerre, ils doivent piteusement battre en retraite. Ils noient leur
frustration dans
la vodka. Le
lieutenant s’évertue à planter son couteau sur un portrait
du président Doudaëv. Un soldat déchire les vêtements qui nous ont si bien
servis. Un autre se défoule à la hache sur les fenêtres et portes d’une maison.
Un accordéon local voltige dans les airs. Un malheureux chien, la queue basse
termine son chemin sous une rafale. Hurlements et bouteilles vides, la haine
continue son oeuvre sur ce pauvre village. Tout est vandalisé, une fumée s’échappe d’un toit, puis deux, quelques
maisons s’enflamment. Il me faut appuyer sur le déclencheur de mon appareil
photo, mais je m’en fous, je suis ailleurs, déjà parti et installé sur un des
blindés j’attends qu’ils finissent leurs bases oeuvres. Je doute d’un coup de
ces hommes, la folie va t-elle les conduire plus loin que l’imaginable.
L’on vient me chercher pour
partager un dernier trophée, les quatre soldats sont ivres, le trésor de guerre
est une femme ! Je fais semblant de ne plus pouvoir bouger à cause de mon pied
blessé, l’un deux me répond en me montrant son sexe que c’est plus de cela que
l’on a besoin dans le cas présent. Je me refuse d’y croire, j’ai oublié qu’il
manquait le viol au tableau de chasse. Le fond est touché, je planque mes
appareils photos, ce n’est plus la peine d’essayer quoi que ce soit, la
situation glisse vers l’incontrôlable.
Deux heures plus tard, la
colonne démarre enfin, je me retourne et laisse derrière moi cet enfer, au loin
devant, m’attend ma famille.
ERIC
BOUVET
Reporter
Photographe

















































